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Hum, la séquence «générique» du troisième long-métrage de Sofia Coppola pourrait écœurer plus d’un spectateur: sur fond de musique rock FM, une petite princesse en dentelles et fanfreluches minaude au milieu de pâtisseries rose bonbon, tandis que le titre du film explose à l’écran en lettres «fuchsia» du plus bel effet! Il importe de dépasser cette première impression, mais il convient aussi de la garder en mémoire car elle traduit parfaitement les intentions de la réalisatrice. S’inspirant de la biographie d’Antonia Fraser, Sofia Coppola suit à Versailles Marie-Antoinette (Kirsten Dunst), une jeune fille lâchée dans un monde frivole à la cruauté mouchetée. Pour mémoire, la petite fut sacrée reine à l’âge de quatorze ans, délaissée par son royal époux qui refusa de la toucher pendant sept ans et guillotinée à moins de quarante. Le spectateur sait cette issue fatale et son cœur se serre, même s’il n’éprouve aucune sympathie pour la monarchie absolue. C’est tout le talent de la cinéaste: nous faire aimer éperdument Marie-Antoinette, une adolescente perdue dans un corps de femme, étrangère au monde adulte, mais animée par un souffle vital qui émeut profondément, au-delà de toutes les arguties politiques...

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De fait, l’archiduchesse d’Autriche est l’un de ces personnages inconscients chers à la cinéaste, au point que son film apparaît comme l’ultime volet d’une trilogie entamée avec «Virgin Suicides» (1999), poursuivie avec «Lost in Translation» (2003) et dont les personnages féminins sont autant de jeunes filles piégées. Comme «Virgin Suicides», «Marie-Antoinette» apparaît comme un joli film faussement niais qui relate des «premiers» émois, mais le spectateur ressent très vite que cette joliesse est un piège mortifère dont aucune héroïne ne saurait réchapper...
| «Cette joliesse est un piège mortifère auquel aucune héroïne ne saurait réchapper...» |
Avec un culot monstre, Sofia Coppola fait montre d’une liberté de ton sans réplique vis-à-vis de la «précision» historique. Son audace confère au temps de l’adolescence une présence extraordinaire qui nous relie «ici et maintenant» à la question sans cesse reposée du désir... «Nouvelle star» ou Reine de Versailles, les jeunes filles demeurent envers et contre tout tragiques!
Née en 1971, la réalisatrice de «Marie-Antoinette» a de qui tenir! Fille du metteur en scène Francis Ford Coppola, elle a fait ses débuts à l’écran un an plus tard en jouant le «rôle» du bébé de l’une des femmes du clan Corleone dans «Le parrain», sans doute le film le plus connu de son cinéaste de père. A l’âge de onze ans, elle est inoubliable en petite sœur insupportable de la protagoniste de «Rusty James» (1983) toujours signé par son paternel. Depuis lors, Sofia Coppola a fait son chemin en passant derrière la caméra, jusqu’à devenir l’une des réalisatrices les plus courtisées du moment. En 1999, elle signe un premier long-métrage très troublant avec «Virgin Suicide». Dans les années 70, cinq sœurs belles et blondes se donnent la mort au seuil de l’âge adulte. Enchaînant avec le tendrement dépressif «Lost in Translation» (2001), Sofia fait un véritable triomphe, remportant l’Oscar du meilleur scénario. Dans un hôtel de luxe de Tokyo, une jeune épouse désœuvrée (Scarlett Johansson) s’épanche auprès d’une vedette sur le déclin (Bill Murray) venue tourner un spot publicitaire pour un abominable whisky japonais. (V. A.)
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