|
Comment vais-je mourir? Devrai-je supporter de longues souffrances inutiles? Si la médecine palliative peut les soulager, tant mieux, je pourrai m’en aller tranquillement. Mais si elles deviennent insupportables, ne serait-il pas préférable que je puisse demander une assistance au suicide, une autodélivrance? Et si une maladie ou un accident me réduisent à l’état de «légume», n’aurai-je pas le souhait de faire abréger mes jours, plutôt que d’en être réduite à une vie végétative?
| ««Légume», ne souhaiterais-je pas faire abréger mes jours plutôt que d’être réduite à une vie végétative?...» |
Ces questions surgissent d’une part parce que les avancées de la médecine ont fait reculer les limites de la vie, et que par conséquent, l’on meurt moins souvent de «sa belle mort». D’autre part, parce que le Code pénal ne définit pas le suicide comme un délit. La Suisse est l’un des rares pays au monde où l’aide au suicide n’est pas punissable, sauf si le mobile en est égoïste (art. 115). Ainsi, toute personne désirant maîtriser les dernières phases de sa vie a le droit de recourir au suicide, assisté ou non. Par contre, ce même code (art. 114) interdit d’aider activement quelqu’un à mourir (euthanasie active), même si c’est à la demande expresse de la personne concernée.
En réponse à ce qu’il est convenu d’appeler l’acharnement thérapeutique, deux mouvements ont vu le jour: les soins palliatifs et les associations pour le droit de mourir dans la dignité (Exit-ADMD). Tous deux prennent en compte la souffrance de l’individu et cherchent des moyens d’y remédier. Mais leurs méthodes et leurs convictions diffèrent, suscitent des discussions passionnées, et soulèvent des questions fondamentales.
|
 |
Jusqu’où a-t-on le droit de décider seul? Qu’est-ce qu’une vie digne? Jusqu’à quel point est-on responsable de sa vie et de sa mort? Est-il préférable de laisser faire la nature, de prolonger coûte que coûte, ou de choisir le suicide? Jusqu’où notre vie nous appartient-elle? Quelle est notre responsabilité face à notre entourage? Peut-on avoir la maîtrise de sa mort? Les réponses divergent.
Les positions sont tranchées et émotionnellement chargées. Le débat est loin d’être clos car il n’y a pas de réponse définitive à ces questions. Le sujet est sensible, il prend aux tripes car il touche à l’essentiel de notre être. De plus, même s’il bouleverse, il reste théorique. Nul ne sait comment il réagira le moment venu. Et en dernier recours, en bonne théologie protestante, chacun devra se repositionner, dans une situation non préparée et souvent difficile, pour décider en son âme et conscience des modalités de sa fin. C’est sa liberté. Personne n’a le droit de décider à la place d’un autre, au nom d’une morale, d’une croyance ou d’un principe, fussent-ils sacrés.
Dans ce dossier, chaque position est défendable et respectable. Même s’ils diffèrent, les protagonistes placent tous la quête d’un sens à la vie et à la dignité au centre de leurs préoccupations. Pour chaque instant jusqu’au dernier. Un autre de leurs mérites consiste à nous rappeler de penser à notre mort dès aujourd’hui, à intégrer le fait que nous sommes mortels à notre vie quotidienne, et surtout, grand changement dans les mœurs, à en parler. Parce qu’elle fait partie de la vie et que l’évacuer ne conduit qu’à s’amputer de tout un pan de ce qui fait la beauté de l’éphémère, de ce qui nous rend vivants.
En attendant de, si possible, «mourir de sa belle mort», c’est une invite à «vivre de sa belle vie», avec - et non contre - la mort, en cherchant ici et maintenant ce qui fait sens à notre fragilité et rend néanmoins notre vie digne d’être vécue. Une grâce, non?
|