La Vie Protestante neuchâteloise
n° 185 • juin 2006
Bon serviteur et mauvais maître!
Bouquiner

L’éducation d’antan stipulait qu’on ne parlait jamais d’argent. Aujourd’hui, le tabou est tombé, et on ne parle presque plus que de lui, devenu l’étalon majeur pour mesurer toutes choses. Peut-on échapper à cette emprise? Sept auteurs, théologiens, économiste, éthicien, psychologue apportent à cette question des éclairages mesurés et stimulants qui mettent l’argent à sa juste place. Cet ouvrage vient donc à son heure au moment où, notamment, le fossé se creuse entre ceux qui en ont de plus en plus et ceux qui sont réduits à une pauvreté toujours plus éprouvante. Quand, dans notre canton en particulier, la crise financière frappe l’Eglise et les pouvoirs publics, il faut oser parler d’argent. Le proverbe dit que celui-ci n’a pas d’odeur! Vraiment? Comme le souligne, en préface, Daniel Marguerat, la gestion de l’argent est affaire de tous. Mais comment dominer cette gestion pour que l’argent soit un moyen d’existence, et ne devienne pas une fin en soi?

Les sept démarches proposées sont originales. Après un regard sur l’économie, le même Marguerat propose un parcours biblique «entre Dieu et Mamon», se référant à la façon dont Jésus lui-même parle de l’argent et au rôle de solidarité que l’apôtre Paul lui attribue en proposant une collecte en faveur de l’Eglise de Jérusalem.

Le psychologue évoque la place que l’argent peut prendre dans les stades du développement de la personne, et l’éthicien Denis Müller démonte le lien entre le capitalisme et le protestantisme. L’éclairage le plus nouveau est apporté par l’étude sur Saint-Jean Chrysostome face à l’argent. Ce Père de l’Eglise nous fait faire un saut à peine perceptible entre les IVe et XXIe siècles. Pour s’en convaincre, il suffit d’entendre avec Félix Moser comment la charité chrétienne est interpellée aujourd’hui par les inégalités sociales.

Luciano Manicardi, frère de la Communauté de Bose, montre enfin comment, dans une vie monastique, on peut «vivre de peu». On voit que pour le moine comme pour les séculiers, la gestion de l’argent n’est pas tant une question morale qu’une attitude spirituelle.

Collectif

Parlons d’argent

Ed. Labor et Fides


Michel de Montmollin

   
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