La Vie Protestante neuchâteloise
n° 186 • juillet 2006
Mon mot à moi
édito

Laurent, je m’appelle Laurent... pour la vie! JE m’appelle Laurent, et ce «JE» fait toute la différence. Il implique notamment le fait que je me reconnais dans ces deux syllabes qui fidèlement m’accompagnent au quotidien depuis un demi-siècle, me martelant notre extrême intimité dès lors que j’ai commencé à ouvrir les yeux. Ce prénom, qui recèle une fraction substantielle de mon identité - à plus forte raison que jusqu’à tout récemment, j’étais l’unique Laurent Borel recensé dans les annuaires téléphoniques de l’ensemble de la Suisse -, ce prénom me dit, m’affirme au monde auquel j’appartiens. Laurent: sept lettres appondues qui résonnent de manière toute particulière au plus profond de mon être où elles ont laissé une empreinte pratiquement indélébile. Au point que je ne parviens qu’avec difficulté à ne pas me retourner dans la rue quand je les entends alors que je sais qu’elles ne s’adressent pas à moi.

Laurent: l’écho de ce mot venu du latin laurentius, signifiant «couronné de lauriers» - de quoi caresser l’ego dans le sens du poil! -, l’écho de ce mot donc se perd dans les méandres de ma vie intérieure, y réveillant une foule de souvenirs, de sentiments enfouis et d’impressions chargés, selon le ton qui les imprègne, d’autant d’émotions. Ressurgissent ainsi, entre autres, le «Laurent» maternel et rassurant, chuchoté à mes oreilles de bébé endormi, ceux, plus fermes et stressants, d’une voix grave m’intimant l’ordre d’obéir sans discuter, ceux, mielleux et flatteurs, susurrés par certaines femmes câlinées...

Autant d’inamovibles «Laurent» qui m’ont façonné, avec tantôt des forces, des solidités, tantôt des faiblesses et des peurs, et qui font que je suis qui je suis aujourd’hui. Quel fabuleux, non pas destin, mais pouvoir a ainsi été dévolu à ce simple double phonème comme tombé du ciel. Serais-je le même si le choix parental s’était porté sur le pointu Loïc, le rond Pablo, ou les plus tièdes René ou Roger? L’intuition m’incite à en douter...

«Sept lettres appondues qui résonnent de manière toute particulière au plus profond de mon être»

Même si, dans l’absolu, il est des prénoms qu’esthétiquement je lui préfère, Laurent me va, et tout compte fait, je n’en changerais pas, même si l’opportunité m’en était offerte. Je campe confortablement en lui bien qu’il n’ait pas été conçu sur mesure pour moi. Réflexion faite, c’est presque l’inverse, en réalité, qui s’est produit: c’est moi qui me suis adapté à lui, et non l’inverse. Je ne le trouve ni neutre ou passe-partout, ni excentrique. De surcroît, j’ai beau me le répéter, l’approfondir, le laisser retentir dans ma tête, l’inspecter sous toutes ses «coutures» je lui découvre régulièrement de nouvelles dimensions. Et si «Laurent», c’était moi?!? Cela me le rend d’autant plus aimable.

Laurent Borel

   
   
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