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Lucas Belvaux donne raison aux plus faibles envers et contre tout. Sa comédie noire sonne le glas des espérances en la justice sociale.
En 1948, le cinéaste néo-réaliste Vittorio de Sica faisait de la recherche d’un simple vélo une question de vie ou de mort. Colleur d’affiches, le malheureux Antonio Ricci se faisait voler son précieux instrument de travail. Pour échapper au chômage, il se déshonorait devant son jeune fils en répétant pareil acte délictueux. Aujourd’hui, l’histoire recommence, non plus à Rome, mais sur les bords de la Meuse, dans un quartier défavorisé de Liège, où il ne fait vraiment pas bon survivre! De toute évidence, l’acteur et cinéaste belge Lucas Belvaux a vu et revu «Le voleur de bicyclette», se saisissant de cette référence poignante mais très datée pour nous faire honte.
| «Notre monde écrase les plus faibles sans aucune pitié au gré d’une indifférence générale» |
«La raison du plus faible» démarre par une panne «mortelle», celle de la motocyclette de Natacha (Natacha Régnier). Privée de ce précieux moyen de transport, la jeune femme peine à rejoindre dans les temps la blanchisserie où elle travaille. Trois chômeurs et un ex-taulard (joué par Belvaux) lui témoignent alors leur solidarité en mettant sur pied un hold-up très symbolique, puisqu’il s’agit de braquer les ferrailleurs qui sont en train de dépecer l’usine d’à-côté. Las, bien mal préparée, leur petite entreprise criminelle s’en ira en eau de boudin.
Dans un monde qui écrase les plus faibles sans aucune pitié au gré d’une indifférence générale, les valeurs morales n’ont plus aucune efficience, sinon d’inciter les plus pauvres d’entre nous à une résignation mortifère. Film social très noir, «La raison du plus faible» reste supportable, car Belvaux adopte le ton de la comédie, conférant à ses protagonistes déclassés une vitalité désespérée qui rappelle celle des antihéros du sous-prolétariat cher à Pasolini. Reste que ces références, qui attestent de l’échec misérable de notre radieuse société, nous donneraient plutôt envie de pleurer.
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| Une trajectoire imprévisible |
Révélé en 1981 par «Allons z’enfants» d’Yves Boisset, Lucas Belvaux devient à vingt ans le jeune premier idéal du cinéma français. Mis en selle, il apparaît tour à tour dans «Hurlevent» de Jacques Rivette, «Poulet au vinaigre» et «Madame Bovary» de Claude Chabrol, «Désordre» d’Olivier Assayas, «Grand Bonheur» et «On appelle ça... le printemps» de Hervé Le Roux. Victime de son talent et, surtout, de sa belle gueule de jeune homme un peu triste, Belvaux commence pourtant à se lasser des rôles de plus en plus stéréotypés qu’on lui propose. Il passe alors derrière la caméra en réalisant en 1992 «Parfois trop d’amour», un premier film remarqué qui décrit les tribulations d’un trio de Parisiens égarés sur les routes «minables» du Nord de la France. Comédie très finaude, «Pour rire!» prend à contre-pied les clichés du vaudeville et remporte un véritable succès public qui va permettre à Belvaux de monter en 2002 un projet de trilogie pour le moins audacieux. Composée de trois longs-métrages, «Un couple épatant», «Cavale» et «Après la vie», cette trilogie demeure encore à ce jour une expérience cinématographique radicale qui remet en question l’un des concepts clefs du cinéma traditionnel, à savoir le respect de la hiérarchie entre personnages principaux et secondaires.
(V. A.)
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