La Vie Protestante neuchâteloise
n° 187 • septembre 2006
Dieu mis en question
livres

Nous vivons dans un univers désacralisé. Les divinités l’ont abandonné. Imaginer un dieu qui explique et gouverne le monde paraît découler de la naïveté ou de la superstition. Est-il dès lors encore possible aujourd’hui de parler de Dieu sans passer pour un farfelu? Jean-Pierre Jossua, dominicain français, relève ce défi. Sa démarche est intense, exigeante: on n’entreprend pas une telle opération avec quelques affirmations tirées du catéchisme. Il faut d’abord essayer de comprendre l’incroyance de nos contemporains, puis en appeler à notre propre expérience de la foi, tenter d’en rendre compte par des paroles justes, dignes du Dieu auquel nous nous croyons.

Dans toutes les religions, les divinités ont fait l’objet de spéculations humaines venues satisfaire la part d’incompréhension et d’inaccessible que présentaient les réalités de la création et la destinée des créatures. Il n’en est rien du Dieu de la révélation biblique, qui survient de sa propre initiative et nous interpelle par sa Parole. Il prend la liberté de nous rencontrer dans une histoire, nous invite à nous y inscrire librement. Cette rencontre culmine en Jésus, «la Parole faite chair». Cette Parole de Dieu ne résonne pas avec violence, ne s’impose pas avec arrogance. Elle peut se faire discrète et accepter l’humilité du serviteur souffrant et crucifié. L’expérience du prophète Elie sur l’Horeb, la montagne de Dieu, est à cet égard significative (I Rois 19). Il est complètement découragé par l’impiété d’Israël, ne sait plus que dire ou faire. Il est menacé dans sa vie même.

Réfugié dans une caverne, il n’entend la voix de Dieu ni dans le vent puissant qui secoue la montagne, ni dans le tremblement de terre et le feu qui suivent. Il la perçoit dans le «bruissement d’un souffle ténu». Elle renouvelle ses forces et sa vocation, lui ouvre un nouvel avenir.

La responsabilité du croyant, dans le vacarme du monde, est d’être attentif à ce bruissement. Il recréera son être profond. Il déterminera son propre rapport à Dieu. Il engagera sa responsabilité vis-à-vis de tous les hommes. Son témoignage sera inspiré par l’amour, inséparable de la foi et qui nous ouvre à l’espérance. Ainsi, notre être tout entier est entraîné dans un mouvement qui peut trouver son expression dans la prière. Il est à nouveau possible, voire nécessaire, de parler de Dieu.

Jean-Pierre Jossua

Peut-on parler de Dieu?

Ed. Labor et Fides


Michel de Montmollin

   
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