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L’un des derniers grands cinéastes africains en activité assigne en justice les instances internationales qui étranglent l’Afrique.
Né dans le sillage des indépendances, le cinéma africain n’a pas peu contribué à l’émergence d’une nouvelle conscience de la «négritude», pour reprendre le mot de Césaire. Las, une crise sans précédent a réduit au silence ou à la cécité ses hérauts les plus talentueux. Qu’ils soient burkinabés, sénégalais, maliens ou mauritaniens, les Gaston Kaboré, Idrissa Ouedraogo, Souleymane Cissé, et autres Med Hondo et Sembène Ousman ne tournent plus ou alors très rarement. Même si l’avènement du numérique autorise bien des espoirs, la disette règne donc. A Cannes, un seul et unique film a représenté l’Afrique: «Bamako»...
| «Les témoignages à charge se succèdent, mais l’avocat de la défense est plutôt habile» |
Dans cette perspective sinistrée, le nouveau long-métrage du cinéaste mauritanien Abderrahmane Sissako constitue un véritable coup de sang et d’audace. S’appropriant un genre typiquement hollywoodien (le film de procès), Sissako cite à comparaître rien de moins que la Banque mondiale et le Fonds Monétaire International (FMI). Si l’acte d’accusation est archiconnu, le lieu où siège le tribunal est plutôt original, puisqu’il s’agit d’une grande cour commune à plusieurs maisons situées dans un quartier populaire de la capitale malienne. Des représentants de la société civile ont engagé une procédure judiciaire contre les deux instances internationales susdites. Les témoignages à charge se succèdent, mais l’avocat de la défense est plutôt habile.
En contrepoint au procès qui est mené par de véritables professionnels de la magistrature et dont les témoins sont hélas authentiques, Sissako raconte la vie ordinaire des habitants de la cour. Ceux-ci semblent complètement indifférents aux joutes oratoires qui se déroulent sous leur nez. Leurs problèmes quotidiens (parfois dramatiques) ont pourtant partie liée avec la chose jugée. Grâce à ce dispositif extraordinaire, l’auteur de «En attendant le bonheur» réussit à rendre justice le temps d’un film, mais sans jamais verser dans le manichéisme... Les gouvernements des victimes spoliées ont aussi leur place sur le banc des accusés!
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Dans le paysage cinématographique dévasté qui prévaut actuellement en Afrique, Abderrahmane Sissako est sans doute l’un des derniers grands cinéastes à ne pas avoir abdiqué. Né en Mauritanie, Sissako a passé son enfance au Mali, à Bamako, dans la maison de son père. Comme nombre de ses homologues africains, il prend au début des années quatre-vingt le chemin de Moscou pour apprendre le cinéma. Vivant aujourd’hui à Paris, Sissako met en scène depuis ses débuts sa condition d’exilé, aux confins du documentaire et de la fiction. En 1998, il fait l’unanimité de la critique avec «La vie sur terre», un long-métrage réalisé dans le cadre de la collection produite par Arte, «L’an 2000 vu par...». Non sans humour, le réalisateur montre que le temps sur terre est radicalement différent, selon que l’on se trouve en Afrique ou en Europe. Poème lumineux sur l’exil et l’attente, «En attendant le bonheur» (2002) est un chef-d’oeuvre contemplatif dont le protagoniste est un jeune candidat à l’émigration (clandestine). Valise à la main, Abdallah attend le bateau censé l’emmener vers ce Nord tellement rêvé... (V. A.)
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