La Vie Protestante neuchâteloise
n° 189 • novembre 2006
Fantaisie, poésie et histoire
livres

Pas coutumiers de la littérature serbe, nous sommes surpris et vite transportés par ce roman. Goran Petrovic est désormais remarquablement traduit en français, et l’intrusion dans son univers vaut le détour.
Par son imaginaire débridé, Petrovic nous promène dans trois histoires qu’il entremêle: la débâcle de la quatrième croisade au XIIIe siècle, détournée, par l’ambition du doge de Venise, de la prise de Jérusalem pour assiéger et mettre à sac Constantinople; quelques décennies plus tard, le siège par une armée bulgare d’un monastère serbe de renom dont les fenêtres s’ouvrent successivement sur le passé, le présent et l’avenir; les aventures, enfin, d’un jeune ornithologue de la fin du XXe siècle dans une Serbie cernée par ses propres démons et par les forces de l’OTAN.
Nous pourrions être déroutés et vite nous perdre dans les méandres de ces trois histoires si toutes les situations et tous les personnages ne nous étaient pas décrits avec une cocasserie et un humour hors du commun. Ceux-ci font l’originalité du livre et alimentent de bout en bout l’attention et l’amusement du lecteur. Celui-ci ne s’ennuie jamais, d’autant moins que l’auteur a donné à son texte une profonde dimension poétique. Non seulement ce que nous lisons est drôle, mais c’est aussi d’une grande beauté.

Les oiseaux et leurs plumes forment un lien mystérieux. Il nous guide à travers les siècles et les péripéties. Ne manque-t-il pas neuf plumes parmi des centaines au manteau prestigieux dont le doge de Venise voudrait revêtir ses épaules? Le supérieur du monastère cache une autre plume dans sa barbe comme un précieux talisman dans un reliquaire. L’ornithologue enfin collectionne les plumes qu’il va chasser jusque dans les forêts bosniaques.
Au-delà d’une curiosité toujours renouvelée, ce récit nous fait découvrir un pays dont l’actualité récente a été particulièrement tragique. A travers des épisodes rocambolesques de son histoire nous est démontrée sa capacité de résistance à toutes les destructions.

Michel de Montmollin

Goran Petrovic

Le siège de l’église Saint-Sauveur

Ed. du Seuil



   
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