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Tourné par un jeune cinéaste norvégien, «The Bothersome Man» est un petit chef-d’œuvre d’humour noir qui grince de partout.
Les films qui s’interrogent sur la possibilité d’une vie après la mort ne sont pas vraiment légion (voir pavé ci-contre). Primé à Cannes cette année, «The Bothersome Man» («L’homme embêtant») se prête crânement à cet exercice pour le moins périlleux... Après s’être jeté sous le métro, Andreas (Trond Fausa Aurwaag) se retrouve assis au fond d’un bus dont il est l’unique passager. Le véhicule s’arrête au milieu de nulle part pour déposer le voyageur à un arrêt où une bonne âme a suspendu un calicot qui lui souhaite la bienvenue!
| «Une structure en boucle donne un tour d’écrou supplémentaire à ce film qui fait rire très jaune» |
Un brave chauffeur de taxi embarque Andreas dans sa voiture et le conduit sans tarder dans une ville riante et ripolinée où la lumière du jour est continuellement tamisée. Arrivé en ville, notre héros bénéficie d’un accueil absolument exemplaire. En guise d’occupation, on lui confie un travail dans un bureau où tous ses collègues font preuve d’une amabilité jamais prise en défaut. Coopératif, Andreas tente de s’acclimater à cet univers parfaitement insipide où chacun rivalise de gentillesse désincarnée. Si sexe il y a, c’est de façon machinale, sans tendresse et encore moins d’amour. Et les conversations tournent invariablement autour de la meilleure manière d’aménager son intérieur.
Gardant un vague souvenir des saveurs terrestres, Andreas commence à se percevoir comme une anomalie, se sentant de plus en plus mal à l’aise dans un monde dénué de toute émotivité, d’empathie, sans goût ni odeur. Fuyant cette perfection aseptique, le malheureux retourne alors dans le métro... «L’homme embêtant» révèle alors une structure en boucle, donnant un tour d’écrou supplémentaire à ce film dérangeant qui fait rire très jaune... Grinçante, cette évocation faussement placide d’un paradis version «ikea» cauchemardesque nous incite à espérer qu’il n’y a rien, mais vraiment rien, après la mort!
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Cela peut paraître surprenant, mais le cinéma répugne à traiter de façon spécifique la question de l’au-delà. Une litanie de films fantastiques s’ingénient à faire revenir les morts pour effrayer les vivants, mais rares sont les œuvres à aborder le thème de la «vie éternelle» et de ses paradoxes qui ont pourtant fait les délices de la scolastique moyenâgeuse. La représentation du Paradis reste un élément annexe, traité la plupart du temps dans une imagerie très kitsch, comme dans «Le Kid» (1921) de Charlie Chaplin, «Le ciel peut attendre» (1943) de Ersnt Lubitsch ou «Une question de vie ou de mort» (1946) de Michael Powell et Emeric Pressburger. Plus près de nous, «After Life» (1998) du Japonais Hirokazu Kore-eda est plus direct dans son approche: dans une lumière hivernale, vingt-deux personnes d’âges et d’origines très diverses font tranquillement leur entrée dans une vieille école où les accueillent d’étranges fonctionnaires. A tour de rôle, les visiteurs sont soumis à un interrogatoire déroutant. Et le spectateur de comprendre peu à peu que l’école dans la neige est un équivalent des «limbes», une sorte d’antichambre où patientent les morts en transit! (V. A.)
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