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Quel objet incroyable! Incontournable, irremplaçable. Elle trône au centre de nos vies. Plaque tournante des échanges, plateforme universelle - interface dirait-on aujourd’hui -, tout ce que nous faisons d’essentiel se passe à table. Pour les fêtes, au cœur du deuil, chaque jour on revient à elle pour manger, pour parler. On y rit entre amis, on s’y engueule, on pleure seul les deux coudes appuyés sur son plateau. Tout peut se jouer à table, le pire et le meilleur. Tout se vit en se mettant à table!
Sans table, pas d’existence humaine possible. Me reviennent ces images d’un film de Chaplin où le héros miséreux, pauvre parmi les pauvres, improvise sur une table bancale un repas avec sa vieille chaussure. Avec le lit, elle fait partie du minimum vital pour l’aménagement d’un appartement. C’est le meuble premier.
Les fêtes de fin d’année sont une période faste pour la table. Souper d’entreprise, repas familiaux, gueuletons entre amis: pas un jour sans mettre «les pieds sous la table». Au risque de frôler la nausée.
N’empêche. Le tissu des relations humaines se tend au travers de ces tablées. La nappe nous relie les uns aux autres. On croit nourrir son corps, remplir son ventre... mais c’est son être, son âme que l’on soigne. On croit céder à la gourmandise, se vautrer dans les excès, mais c’est l’amitié, l’affection - et disons-le l’amour - qui nous rassasient. Partagé avec les gens que l’on aime, le repas comble toutes les dimensions de l’existence. Le goût, la finesse et les saveurs des mets, bien sûr. C’est beau et c’est bon. Mais il y a encore ce lien d’affection, ce sentiment d’harmonie, ce plaisir inoubliable de vivre des moments de grande fraternité. Autour d’une table, la convivialité nous rapproche concrètement de l’idée qu’on peut se faire du bonheur.
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Pour Jésus, c’était une évidence. Cette vision lui vient de ses origines juives: dans la Bible, les grands événements ne se passent jamais loin d’un repas. Au point que la table et le repas sont devenus les lieux essentiels de sa mission. Jésus passe d’un repas à l’autre, il mange, il boit. Il partage toutes les tables, même celles des gens douteux. Il n’a rien d’un ascète, et ses disciples ne respectent pas les jeûnes. Son attitude provoque la critique: ses ennemis le traitent de «goinfre».
| «Autour d’une table, la convivialité nous rapproche concrètement de l’idée qu’on peut se faire du bonheur» |
Avec Jésus, le geste le plus sacré revient à table. C’est un repas qu’il va placer au cœur de la vie communautaire de ses disciples. Simple, presque trivial, le partage du pain et du vin manifeste pourtant le don le plus divin. Le repas - même frugal - devient pur moment de grâce. Alors tout est possible: le pardon des vieilles querelles, les retrouvailles, le renouveau, l’espérance... C’est le miracle de la table: le ciel y rejoint la terre, le spirituel devient charnel... et tout change. L’instant porte un nom: communion. Jésus l’a voulu, tout est là. Aussi simple, aussi beau, aussi bon qu’un savoureux repas. A table donc! Bon appétit et joyeux Noël!
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