La Vie Protestante neuchâteloise
n° 190 • décembre 2006
Entre Dieu et Allah
livres

Le fossé se creuse entre les mondes occidental et musulman. Et plus les moyens d’information se mondialisent, plus la communication paraît difficile. Les idées toutes faites, les stéréotypes, les a priori l’emportent sur l’objectivité et la sérénité. Un climat toujours plus méfiant et hostile s’instaure. Qui nous enferme dans un cloisonnement où l’autre devient un adversaire.
La démarche proposée par Anne Nivat est une alternative salutaire. Plutôt que de nous laisser camper sur nos préjugés sur les musulmans, elle nous entraîne chez eux, les interroge, les écoute. Elle ne vise pas tant les notables et les officiels que les hommes et les femmes de la rue. Profitant des contacts que, journaliste, elle avait déjà, elle pénètre partout et approfondit sa quête sur le terrain. Elle retourne au Pakistan, en Afghanistan et en Irak. Ses impressions, les comptes-rendus de ses entretiens constituent les trois parties de son livre.
Son constat est grave. Les arabo-musulmans ressentent injustice et humiliation. Si l’Occident, sa culture, ses régimes démocratiques pouvaient apparaître jusqu’à peu comme un modèle à imiter, c’est de moins en moins le cas. L’image de nous que les télévisions occidentales font pénétrer dans leurs maisons les déconcerte. Il leur paraît que notre système a perdu le sens des valeurs capitales: l’honneur, le respect de la vie, la solidarité...

Les méfaits catastrophiques des guerres menées chez eux suscitent un profond ressentiment. Ils se sentent incompris et bafoués dans leur propre conception d’une société attachée à la vie communautaire, soudée par leur religion. A l’inverse, l’Occident nourrit à l’endroit des sociétés musulmanes de sévères critiques touchant à leurs régimes patriarcaux et souvent dictatoriaux, aux clivages économiques et sociaux, à l’exercice de la justice, à la place réservée aux femmes...
Est-il possible de rétablir entre nos deux sociétés un climat de confiance? Anne Nivat le préconise. A condition d’accepter d’effacer momentanément notre propre vision du monde et d’essayer de comprendre la leur. En même temps, il faut ne pas céder sur certains principes humanistes qui seuls peuvent commander la vie sociale. La solution reste le dialogue. Il commence par l’écoute mutuelle.

Anne Nivat

Islamistes, comment ils nous voient

Ed. Fayard


Michel de Montmollin

   
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