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«Lettres d’Iwo Jima» va parachever un
diptyque commencé avec «Mémoires de nos
pères». A septante-six ans passés, Clint Eastwood
remet en question un genre clef du cinéma hollywoodien.
Le 21 février sortira le deuxième volet
d’un diptyque cinématographique qui changera sans doute la
face du film de guerre, un genre cinématographique grevé
de sous-entendus, dont l’efficacité idéologique
repose sur un principe simple, la stricte observance d’un point
de vue unilatéral, le plus souvent celui des vainqueurs.
Cinéaste majeur de l’histoire récente du
cinéma américain, Clint Eastwood brise ce clivage
dévastateur en consacrant successivement deux films à la
sinistre bataille de l’île de Iwo Jima. En février
1945, les Américains y assiégèrent près de
vingt mille Japonais qui résistèrent jusqu’au
dernier homme. Au prix de combats terrifiants, les marines
s’emparèrent de ce lieu stratégique qui leur servit
ensuite de base pour bombarder le Japon.
Intitulé en français «Mémoires de
nos pères» («Flags of Our Fathers»), le
premier volet a occupé nos écrans à la mi-octobre.
Sans vedettes, mais avec les moyens d’une superproduction (une
sacrée prise de risque!), il nous fait adopter le point de vue
américain, en centrant son récit sur une photo
truquée qui fit le tour du monde; on y voyait six marines
dresser le drapeau de la victoire sur la colline de Suribachi.
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«Lettres d’Iwo Jima» («Letters From
Iwo Jima») délivre l’autre version de la
tragédie d’Iwo Jima, toujours filmée par le
réalisateur de «Million Dollar Baby», mais, cette
fois, du point de vue nippon. Tourné en japonais, ce
contre-champ indispensable est basé sur des centaines de lettres
que l’on retrouva des décennies plus tard,
enterrées dans le sable noir de l’îlot volcanique.
Elles ont permis de sortir de l’anonymat tous ces hommes qui
savaient qu’ils n’y survivraient pas!
Cette double vision d’un seul et même
événement a pour effet de désamorcer net toute
récupération politique ou patriotarde. Elle donne la
primauté à l’altérité nue. Aussi
effarante soit-elle, elle nous rappelle que la voie malaisée de
l’humanisme commence par là… Chapeau Clint!
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