La Vie Protestante neuchâteloise
n° 192 • mars 2007
«Daratt» de Mahamat-Saleh Haroun
cinéma

Présenté au dernier Festival de Venise, où il a remporté le Prix spécial du Jury, «Daratt» en impose, malgré une économie de moyens dictée par la situation désastreuse que connaît actuellement le cinéma africain.

En tant que soldat, Mahamat-Saleh Haroun a vécu la guerre civile au quotidien. Il en retire aujourd’hui une œuvre d’une force inouïe sur le thème du pardon. Sous-titré «Saison sèche», son film est en effet très sec, mené sans fioriture, sans un mot de trop.
A 18 ans, Atim est orphelin de père. Alors que la radio annonce l’amnistie pour tous les criminels de guerre dans un souci de réconciliation, son grand-père aveugle lui confie un revolver et une mission à laquelle il ne peut se dérober: venger son père! Atim part pour Djamena et retrouve le meurtrier qui se nomme Nassara: il est devenu boulanger. Atim se fait alors embaucher par Nassara intrigué par ce jeune homme agressif. A mesure qu’il lui apprend à faire le pain, Nassara s’attache à son apprenti, même s’il sent confusément qu’il représente un danger pour lui. De son côté, Atim sent la colère monter en lui, à l’image du pain qu’il lève chaque matin, mais il repousse à chaque fois le moment fatidique,

pressentant que cette colère, comme la pâte qu’il pétrit jour après jour, pourrait peut-être se transformer en autre chose. La tension devient vite insupportable, car les deux protagonistes ne se parlent pas et ne peuvent donc se sauver mutuellement par le langage. En plus, Nassara n’éprouve aucun regret. C’est clair, il ne fera jamais aucune excuse à personne! Et nul prêcheur ne passera miraculeusement par là… Dans un final qui laisse pantois, notre cinéaste parvient pourtant à déjouer la spirale de la vengeance. Un très grand film!

Vincent Adatte

   
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