La Vie Protestante neuchâteloise
n° 193 • avril 2007
«Goodbye Bafana» de Bille August
cinéma

Même s’il a remporté deux Palmes d’or à Cannes avec «Pelle le conquérant» (1988) et «Les meilleures intentions» (1992), le cinéaste danois Bille August ne brille pas par son originalité.
Pétri de bonnes intentions, il a le don d’empoigner des sujets ambitieux dont il ne parvient jamais à donner toute la mesure! Son dernier film en date ne faillit pas à la règle. Coproduction européenne, «Goodbye Bafana» était pourtant prometteur. Peu avant de mourir du cancer, un gardien de prison sud-africain publie ses mémoires qu’il intitule «Le regard de l’antilope». Attention, il ne s’agit pas de n’importe quel maton!
James Gregory a en effet gardé pendant plus de vingt ans Nelson Mandela, condamné à la perpétuité pour terrorisme. Elevé dans le Transkei, Gregory a connu une enfance solitaire, fréquentant des camarades de jeu qui étaient noirs de peau. A leur contact, il a appris le xhosa qui est la langue maternelle de Mandela. C’est ce qui lui vaut d’être envoyé à la fin des années soixante sur l’île de Robben Island où croupit le fondateur de l’ANC. Ses supérieurs le chargent d’espionner Mandela pendant les rares visites que lui rendent ses proches.
Progressivement, ce geôlier modèle comprend que les renseignements de première main qu’il livre à la police ont des conséquences meurtrières pour l’entourage de son prisonnier.

Culpabilisé, il commence à mettre en doute le bien-fondé de l’apartheid, ce d’autant plus qu’il subit le charisme extraordinaire de son prisonnier… Alors qu’il y avait matière à un grand film sur l’idée fondamentale de conscience, le cinéaste se borne à platement illustrer cette relation inouïe. Malgré le talent de Ralph Fiennes, qui joue le rôle de Gregory, le spectateur ne ressent aucune véritable évolution dans le comportement du personnage. Sa conversion apparaît dès lors peu crédible.

Vincent Adatte

   
  
   
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