La Vie Protestante neuchâteloise
n° 194 • juin 2007
«Pas douce» de Jeanne Waltz
cinéma

Œuvrant souvent à l’étranger, Jeanne Waltz n’a pas sous nos latitudes la notoriété qu’elle mériterait pourtant. En quatorze ans de carrière, elle a élaboré un style très personnel, brut, qui tranche franchement sur la quiétude parfois très ronronnante de notre paysage audiovisuel. Dans «Pas douce», son second long métrage de fiction tourné à La Chaux-de-Fonds, la réalisatrice suisse met en place avec un art souverain les éléments d’une confrontation assez inouïe…
Dans un coin de forêt isolée, Fred (magnifique Isild Le Besco) est sur le point de se suicider. Les cris d’un adolescent qui joue avec un camarade la ramènent subitement à la vie. Las, suite à un réflexe incontrôlé, la malheureuse blesse grièvement Marco (Steven de Almeida), un garçon de quatorze ans désigné par le seul hasard. Emmené dans l’unique hôpital que compte la région, le gamin se retrouve face à Fred qui y travaille comme infirmière.
De façon troublante, la jeune femme lui donne alors tous les indices nécessaires pour qu’il l’identifie comme l’auteur du coup de feu. Fred veut absolument réparer sa «faute». Sans le savoir, sa victime, qui vit le temps de son adolescence avec une brutalité extrême, va la renvoyer à son propre mal-être. En soignant Marco, Fred va se soigner elle-même, «entrouvrant» la possibilité d’une véritable renaissance.

Waltz filme comme à vif cet étrange compagnonnage. Plutôt que de surligner la psychologie de ses protagonistes, la cinéaste vise à leur incarnation dans les gestes, les attitudes, les postures.

Aux «distraitement désespérés que nous sommes» d’en tirer les conclusions… «Pas douce» est une véritable réussite qui fait le récit âpre d’un étrange sauvetage.

Vincent Adatte

   
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