La Vie Protestante neuchâteloise
n° 196 • septembre 2007
«4 mois, 3 semaines et 2 jours» de Cristian Mungiu
cinéma

Palme d’or combien méritée du dernier Festival de Cannes, le second long-métrage du cinéaste roumain Cristian Mungiu constitue une véritable gifle! Pour augmenter la natalité, le président Nicolae Ceausescu a promulgué dès 1966 une loi interdisant la contraception et l’avortement. Cette loi sera abolie vingt-trois ans plus tard, sitôt la dictature communiste tombée. Dans l’intervalle près de 500 000 femmes mourront des suites d’une interruption de grossesse clandestine pratiquée dans des conditions d’hygiène douteuses. Paradoxalement, durant toutes ces années, l’avortement fut considéré comme un acte de rébellion contre le régime.
«4 mois, 3 semaines et 2 jours» s’inscrit dans ce contexte ambigu… Nous sommes en 1987. Jeune étudiante, Gabita partage sa chambre avec sa camarade Otilia dans une cité universitaire. Tombée enceinte, elle s’en remet à un «faiseur d’anges» très peu amène. Délaissant Gabita, qui reste cloîtrée dans la piaule d’un hôtel sordide, le film s’attache aux pas démultipliés d’Otilia qui va se démener pour son amie… Avec une âpreté terrible, qui évoque le réalisme sans fard des frères Dardenne («Rosetta», «L’enfant»), Mungiu ne nous épargne rien de sa trajectoire héroïque, qui culmine dans la scène où elle doit se débarrasser du «paquet» compromettant.

La tension atteint bientôt un tel niveau que le spectateur se croit dans un thriller. Sans juger et encore moins accabler, le réalisateur arrive à restituer de façon extraordinaire le marasme des enfants du totalitarisme, mixte bouleversant de démission et de résistance. L’avortement comme allégorie de la faillite des idéaux… A voir absolument!

Vincent Adatte
   
  
   
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