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On les appelle anabaptistes, mennonites ou «Teufas» (de l’allemand «Taüfer»). La plupart d’entre eux portent les noms d’Amstutz, Geiser, Gerber, Habegger, Loosli, Sprunger, Ummel. Souvent issus de familles nombreuses, ils sont généralement plus ou moins tous cousins. C’est par pur hasard que j’ai fait leur connaissance, il y a une trentaine d’années, grâce à l’homme de ma vie, un mennonite. J’ai découvert un monde. Certes, leurs pasteurs ne portaient plus de grande barbe blanche comme autrefois. Mais leurs femmes n’étaient pas maquillées, et habillées sans coquetterie. Les plus âgées portaient un chignon de cheveux blancs. Point de teintures ni de permanentes. Les plus jeunes pourtant ne se distinguaient pas des autres jeunes de leur âge. Comme eux, ils avaient adopté le look «baba cool» des années hippies. Ils ne dansaient pas, se méfiaient de la télé et du cinéma, mais savaient fort bien rire et s’amuser.
Ils avaient leurs «vedettes», aux prénoms bibliques, dont certaines trônaient en véritables patriarches, comme Samuel des Reussilles ou Samuel du Bienenberg. Ceux de la génération suivante, comme Abraham des Mottes, Isaac de La Chaux d’Abel ou Charly Ummel des Bulles, étaient moins impressionnants mais tout aussi, voire plus pertinents, car plus en phase avec notre temps.
Lors de leurs cultes, leurs églises étaient bondées. Les cantiques à quatre voix étaient magnifiques. La première fois que j’y ai assisté, Samuel des Reussilles, tel un prophète, clamait avec feu l’Evangile en roulant les «r». Il arpentait l’estrade de la chapelle de long en large en faisant de grands gestes. J’ai eu l’impression d’entendre le tonnerre de Dieu; ça décoiffe! Dépourvu de toute méchanceté, il inspirait le respect, mais pas la crainte. Il déployait un flot de tendresse, d’humour et de bon sens. J’ai découvert avec étonnement que l’on pouvait employer un vocabulaire pieux pour dire des choses intelligentes. Il était si sincère, si convaincu qu’il en était convaincant. Je n’avais jamais vu ça à l’église protestante!
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En tant qu’«étrangère», j’ai été bien accueillie. J’ai eu la chance de ne croiser que rarement les plus étroits et les plus fondamentalistes d’entre eux, ceux qui jugent, dictent leurs règles et excluent, au nom d’une morale prétendument «charitable et chrétienne», faite de valeurs réactionnaires et intolérantes. Je sais que celles et ceux qui ont claqué la porte de leur communauté parce qu’ils ont fait les frais de leurs attaques et de leur mépris en gardent encore des blessures.
«L’heure est au dialogue,
c’est là le meilleur, et le plus difficile!»
Heureusement, il reste toujours ceux qui refusent courageusement de se rallier aux dérives évangéliques sectaires et qui continuent à défendre ce qui constitue le cœur de l’identité mennonite: une forme de fidélité à l’Evangile basée sur une pratique quotidienne de la non-violence, de l’amour des ennemis, de l’ouverture au prochain, de la séparation d’avec l’Etat, donc d’une conscience minoritaire.
Nous n’avons, Dieu merci, ni les uns ni les autres vécu la triste époque où les divergences d’opinion se réglaient à coups de bannissements, de bûchers ou de noyades. L’heure n’est plus aux anathèmes, mais au dialogue. Il nous reste le meilleur, peut-être le plus difficile à accomplir: de manière critique, reformuler de part et d’autre ce qui fonde notre identité mennonite ou réformée, faire le tri de ce qui nous sépare et de ce qui nous rassemble, et ensuite, sans gommer nos différences, se parler poliment et sans haine. Dans un échange fait de bienveillance, de respect et d’écoute mutuels, sans préjuger à l’avance de l’issue du dialogue, en étant convaincus que «tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu».
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