La Vie Protestante neuchâteloise
n° 197 • octobre 2007
Protestants et rites: entre méfiance et renouveau
dossier

La retenue envers les rites est génétique chez les protestants: ils affichent peu de goût pour le décorum, préfèrent les paroles aux gestes et n’aiment pas les prières répétées. Logique: ils sont marqués par le retour à la Parole opéré à la Réforme. Paradoxalement, les Eglises réformées revisitent aujourd’hui les anciens rites, et en inventent de nouveaux. Retour sur l’évolution du concept.
L’éducation religieuse protestante a longtemps orienté ses enfants vers l’autonomie de la réflexion, l’écoute de la parole, la sobriété des gestes. Un protestant typique manifeste peu de goût pour l’esthétique et le corporel, il fronce les sourcils devant un foisonnement de symboles. Son Eglise a conservé les deux sacrements dont la Bible parle: le baptême et la communion. D’autres rites sont cependant pratiqués, comme le mariage et les adieux au défunt. Leur célébration est dépouillée: parole biblique, geste du rite et réponse de foi du croyant. Si le protestant prend goût à d’autres richesses du rituel, c’est souvent parce qu’il a élargi son regard à d’autres traditions que la sienne…
Divers courants de la Réforme ont remis en question le rôle des rites dans la vie du chrétien. En insistant sur la conviction que seule la foi sauve, que seule une relation à Dieu confiante est source de vie aujourd’hui et toujours, ils ont forcément donné une place autre aux rituels existants.

Aujourd’hui encore, la richesse de l’héritage des réformés se trouve dans l’attachement au sens des rites, dans cette confiance placée dans un Dieu qui nous aime au cœur des calmes et des turbulences de la vie, avant et indépendemment du rite, même si le rite vient nourrir et affermir notre capacité humaine de confiance.

Rejoindre l’humain dans sa globalité
Aujourd’hui, au sein des Eglises réformées, les rites évoluent. On constate dans les célébrations le souci de tenir compte des cinq sens. La gestuelle s’est développée, renouant parfois avec des anciennes traditions. Lors des baptêmes d’enfants: ici on donne une bougie à l’enfant, là on présente l’enfant à l’assemblée. On laisse aussi plus de place à la créativité des participants: paroles, dessins, musiques. Le contexte actuel pousse l’Eglise à prendre en compte les personnes dans toutes leurs dimensions et dans toutes leurs diversités. Certaines paroisses ont redécouvert les bienfaits de rituels d’onction d’huile des malades. D’autres pratiquent ces prières courtes, répétées inlassablement, afin qu’elle pénètre jusqu’au cœur. Enfin, des Eglises réformées inventent des rites nouveaux pour accompagner des événements ou des situations de la vie où l’Eglise se contentait jusque-là d’accompagnements individuels: deuils prénataux, divorce, bénédiction des couples pacsés. Elles manifestent ainsi leur souci de soutenir ces personnes dans leur démarche de foi et leur préoccupation de les relier aux autres membres de la communauté.
Les protestants se méfient des rites? C’est en train de changer! Dans un esprit d’ouverture, ils déposent la richesse de leur héritage au cœur des défis actuels.

Daphné Reymond, pasteure
(Photo: P.Bohrer)

   
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