La Vie Protestante neuchâteloise
n° 197 • octobre 2007
«Le baptême, ça sert à rien»
dossier

Le baptême ne «sert» à rien… et c’est pour ça qu’on l’aime! Combien de marchandages, de pensées magiques et d’incantations de protection pour confesser sa foi en la gratuité de l’amour de Dieu. Le baptême ne sert à rien. Il n’est même pas à mon service: c’est un cadeau, une friandise, qui dit l’amour sur une vie. Regard sur la tension entre la tradition et l’actualisation de ce rite, à travers le parcours d’une catéchumène comme les autres.
A sa naissance, les parents de Théodora ont décidé de «ne pas la baptiser pour qu’elle puisse choisir». Cette année, ils l’ont inscrite au catéchisme dans la paroisse du Joran qui groupe les lieux de vie de La Béroche, Bevaix, Cortaillod et Boudry. Trois étapes de cette saison de catéchisme pourront les surprendre.

Première surprise: l’année commence par un culte durant lequel la cène est célébrée. Alors, Théodora, on l’invite ou non?
La tradition de l’Eglise et le Règlement général de l’Eglise réformée évangélique neuchâteloise (EREN) sont clairs: «Théodora n’est pas baptisée, elle n’est donc pas conviée à partager la sainte cène». L’avantage – et l’inconvénient – du protestantisme est cette tendance à toujours tout interpréter… Participer à la cène, se sentir accepté, c’est déjà expérimenter l’amour gratuit de Dieu, entrer dans une pédagogie vécue de la grâce. Se sentir partie prenante ou exclu d’une communauté, au-delà de la compréhension théologique de la présence du Christ, c’est déjà vivre ou non l’accueil gratuit du Père. Cette réflexion étant largement partagée dans l’EREN, la paroisse a donc choisi d’inviter Théodora à la table du Christ.
Ce jour-là, et chaque fois que Théodora prendra part à ce moment, autour de la table, elle dira par son envie de partager que l’amour de Dieu pour elle a un sens, et même mieux: que cet amour la relie à tous ces convives aimés du même amour.

Deuxième surprise: la paroisse ne propose pas de confirmation aux catéchumènes. «Alors, à quoi sert-il de faire le KT?», se demande Théodora.
La Fête du catéchisme ouvre sa vie de croyante responsable et autonome: c’est à ce moment que, selon son choix, elle devient ou non membre de l’Eglise réformée. Cette fête marque à la fois la fin de l’expérience commune de son équipe de catéchumènes et la reconnaissance de compétences qu’elle a acquises durant le catéchisme. Elle est, avec les autres, envoyée dans le monde avec la bénédiction de Dieu. Ce n’est pas une confirmation, ou plutôt: ce n’est pas Théodora qui confirme! Par sa bénédiction, Dieu confirme qu’il l’aime telle qu’elle est, sans qu’elle ait à montrer là où elle en est dans son parcours de foi.
Et bien sûr, ce n’est pas une première communion car Théodora a déjà communié. Mais, lors de ce jour de fête, l’invitation à la cène résonne pour tout participant comme une confirmation de l’amour de Dieu.

Troisième surprise: les catéchumènes peuvent demander le baptême pour un culte estival, soit après la «confirmation».
Théodora, après quelques hésitations, aimerait demander le baptême. Le rallye sur le baptême et la cène lui a plu: tout disait que Dieu l’aime comme elle est, et qu’elle peut recevoir le baptême pour dire: «Dieu est parmi nous; il est pour moi la seule personne qui nous accepte et qui nous aime avec vraiment tous nos défauts». Ses parents sont hésitants: «Après la fin du catéchisme, est-ce que cela a encore un sens?»
Théodora demande le baptême. Et dans cette année de catéchisme, c’est peut-être ici la plus grosse surprise pour ses parents. Elle a bien compris que Dieu ne mettait aucun obstacle à son amour pour elle. Même si elle n’a pas vraiment tout compris de Dieu, de la foi. Même si elle ne s’est pas inscrite comme monitrice pour l’année prochaine. Même si elle n’est pas vraiment sûre d’elle: «Je ne sais pas vraiment si je crois, ou ce que je crois, mais j’aime savoir que je suis importante pour Dieu.»
A la Pointe-du-Grain, au bord du lac, elle a reçu un peu d’eau sur la tête. La pasteure lui en a un peu trop mis: ça dégouline dans le cou. Elle est contente. Il y a tous ces gens de la paroisse qu’elle ne connaît pas, mais elle a pu dire devant tout le monde que Dieu l’aime comme son enfant. Et ça, ce n’est pas rien.

Fabrice Demarle
pasteur, ancien responsable des activités de jeunesse dans la paroisse du Joran
(Photo: P.Bohrer)

   
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