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Au seuil du XXIe siècle, le remodelage du réseau paroissial est sans doute une grande aventure pour l’Eglise. Il s’impose par fidélité à Dieu d’abord qui nous appelle aujourd’hui à signifier l’alliance qu’il offre à tous les êtres humains. Si nous voulons aller authentiquement jusqu’au bout de cette fidélité, rien ne sera plus comme avant...
La situation exige que l’on accepte de faire résolument le deuil de la chrétienté. Ce deuil conduit à redécouvrir la dimension foncièrement pascale de l’existence chrétienne où il s’agit de «mourir pour vivre», ou de «perdre pour gagner». C’est ici et maintenant qu’il faut reconnaître la fidélité que Dieu assure à son peuple. Dieu est devant. Tout passe, même le régime de chrétienté.
Bon nombre de «nos» chrétiens ne sont pas prêts ecclésialement et spirituellement pour traverser les mutations présentes et vivre en diaspora dans le monde d’aujourd’hui. Pour eux, comme jadis pour le peuple d’Israël après la destruction de Jérusalem et l’exil à Babylone, c’est la grande épreuve de la dispersion. Il s’agit de proposer la foi et de vivre l’espérance comme si nous étions en exil.
En juillet 587 avant notre ère, Jérusalem est définitivement prise par Nabuchodonosor. Le temple est détruit, la royauté est abolie et les élites sont à nouveau déportées à Babylone. Des groupes importants fuient dans les pays voisins, notamment en Egypte. La défaite signifie la suprématie du dieu des Babyloniens, Mardouk, sur le Dieu
d’Israël, qui perd l’illusion d’être toujours protégé par son Dieu. C’est la fin d’une époque. Le malheur national suscite une immense question sur la bonté et la justice de Yahvé.
Cette situation ébranle la foi d’Israël jusqu’à l’obliger à la retravailler en profondeur. Israël remet au centre l’alliance entendue comme contrat bilatéral où Dieu prend l’initiative à l’égard de son peuple et celui-ci s’engage à la fidélité. La
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crise va mettre en valeur un prophétisme non plus de dénonciation (du mal présent et du tragique de la situation), mais un prophétisme d’annonciation (d’un événement à venir, la chute de Jérusalem) et d’appel à la conversion. Le drame sera interprété comme une épreuve indispensable pour qu’Israël vive vraiment et accueille le don de Yahvé. Il n’empêche que la période ouverte par la crise de 587 ne sera plus «comme avant». Il en est de même pour les paroisses aujourd’hui, qui ont bel et bien un deuil à faire. Ce n’est pas sans peine, ni sans tristesse. Le Ressuscité nous accompagne dans ce passage. Son Esprit nous invite à laisser nos regrets au pied de la croix. Dieu n’est-il pas le Dieu fidèle, éternellement?
L’heure n’est pas à l’optimisme mais à l’espérance. Le temps n’est plus à l’encadrement des masses pour satisfaire leurs besoins religieux. Il nous revient en revanche d’engendrer des communautés paroissiales pour les éveiller à la mission.
Adaptation de «Paroisse et ministère»,
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d’Alphonse Borras,
prêtre, théologien et vicaire général
de l'évêché de Liège (Belgique) (Photo: P. Bohrer)
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